Point saison Février 2015

Je « profite » d’un dimanche en alerte météo orange pour un fort coup de vent pour laisser un moment les cultures, venir vers vous et vous donner des nouvelles de quelques réflexions sorties de réunions entre producteurs des Paniers Marseillais, ainsi que des nouvelles des champs.

Sur un balcon , un coup de vent c’est la plante à l’horizontale dans son pot, la chaise en plastique renversée, dans nos champs c’est le risque de voir une parcelle sens dessus-dessous, les fèves couchées  pois gourmands et croquants cassés X produits en moins dans le panier. Voilà peut-être ce qui explique cette impression du  paysan « jamais content », de la météo, trop d’eau pour les patates douces en automne, combien de temps entre 2 désordres climatiques ?Seront-ils de plus en plus nombreux dans les années à venir ? Bref, cette impression d’être la fourmi soufflée, ballotée celle qui sait le temps qu’il faudra pour tout remettre en ordre après, qui sait que culture perdue ne se rattrape plus.

Lorsque nous avons débutés l’aventure paniers en 2009 je doutais énormément de ma capacité à satisfaire en hiver l’ensemble de nos adhérents, mais doit-on dire que les paniers d’hiver sont moins intéressants que les paniers d’été, le paysan rattrape-t-il en été son manque de talent hivernal ?

Je peux dire qu’en hiver j’ai plus l’impression de gérer un « stock » de légumes disponible en champs et de composer des paniers au « moins mal ». La vérité est que le mot solidarité est bien placé en tête de notre contrat co-signé  car Thierry n’est pas plus généreux en hiver qu’en été.

Dans ce sens pour moi il y a 2 contrats qui me lient à nos adhérents :

  1. le contrat papier, celui qui fait fonctionner mon entreprise, paye les salaires de mes employés, le mien (?), mes fournisseurs,  …etc.
  2. Et un contrat moral qui fait fonctionner notre association au sens large du mot, une récolte est un don pour le paysan, il n’y aura jamais dans votre panier semaine, quelle que soit la saison, le calque fidèle des fruits et légumes que nous souhaitions plusieurs mois avant parce que :
    -> la météo – nous en avons parlés plus haut –
    -> plusieurs interventions humaines (buttage, désherbage ; taille,  palissage, traitement…),
    -> les ravageurs (pucerons , mulots , tuta absoluta , acariens , mineuses , piérides …)
    -> parce que la tablée ne sera pas mieux servie en chantant « on a faim, on a faim », le paysan-fourmi a besoin de temps pour vous défendre et c’est parfois le temps que la nature nous laisse qui fait parvenir les fruits et légumes de nos champs à vos « faims ».

Je suis conscient que notre système panier est à contrecourant d’une forme de modernité du «sans engagement». Je ne demande pas à nos adhérents d’être une horde de Pierre Rabhi, mais la fameuse étude de prix menée par Nicolas (chargé du développement des groupes PAMA), montre qu’en plus de la solidarité paysans-consommateurs, l’intérêt est également une économie de prix par rapport aux autres systèmes de ventes de « produits frais équivalents » , sur une moyenne de paniers pris sur 12 mois..

Pour les adhérents revus récemment rejoindre nos groupes, je rappelle l’idée de départ d’un engagement AMAP, le producteur doit jouer le jeu :

  • livrer en temps et en heure au lieu convenu sa production,
  • respecter le cahier des charges de l’agriculture biologique,
  • ne pas faire profiter à ses adhérents que de ses soucis, mais le plus possible de ses réussites sans faire d’achat-revente.

L’adhérent  s’engage à acheter la récolte à  l’avance, venir récupérer son panier chaque semaine, et être solidaire en cas de problèmes.

Pour ce qui est du prix du panier, je ne garantis pas dans mon panier à 14 ou à 25 euros, pour 14 et 25 euros de  fruits et de légumes chaque semaine, parfois le panier à 25 couterait plus du double s’il fallait acheter la même quantité ailleurs, parfois c’est le contraire , mais votre panier ne descendra jamais en période « difficile » aussi bas en valeur intrinsèque , que ce qu’il est monté lors des « riches » périodes offertes par dame nature  .

Par ces  raisonnements, votre panier semaine ne comblera pas forcement toujours dans un sens comme dans un autre tous vos besoins semaine, il est une base, et pour les raisons évoquées plus haut, il n’est pas une promesse.

Pour les hivers à venir, mon évolution ira vers le fait  de ne plus faire moi-même mes plants de poireaux mais de les acheter pour les replanter sur mes terres en juillet, cela me permettra, j’espère, de mieux  réussir cette culture importante et je me rends compte qu’il est épouvantablement difficile de réussir plus de 50 produits différents toute l’année.

Le samedi 7 février a eu lieu la réunion annuelle entre producteurs et responsables de groupes des PAMA , pour tout dire c’est cette réunion qui m’a motivé pour faire ce point saison , je me rend compte des points communs de chaque groupe à recruter de nouveaux bénévoles, et à remplir tout simplement ce groupe  , et dans ce maillon associatif un paysan qui peine à équilibrer ses comptes et un honnête consommateur qui veut nourrir sa famille tout en aidant des paysans à vivre de leur métier.

Les solutions existent les PAMA ont mis en place une « commission paniers », elle portera sans doute de bons fruits, mais il nous a été fait le reproche samedi de ne pas être  assez visibles dans les quartiers et villes, autre reproche à mon avis  assez juste, les producteurs se plaignent d’un manque d’adhérents dans leurs groupes, mais ne sont pas toujours de bons communicants sur ce sujet. Un étudiant a suggéré  l’idée d’afficher l’ « objectif nombre de  paniers » face au nombre de paniers réel, je suis sûr que pas tout le monde sait que tous nos groupes ne sont pas complets, car si l’on part du principe où un producteur livre un groupe où le nombre d’adhérents est atteint, il peut investir sur ses plantations à venir sans peur et son revenu est assuré.

Concrètement comme je  le dis dans chaque AG, nous ne tirons notre revenu que de 10% du nombre d’adhérents. En clair si lors d’un renouvèlement de contrats d’un groupe de 100 adhérents 10 d’entre eux ne renouvellent pas et partent dans la nature, c’est le revenu du producteur qui part dans la nature.

Cet « objectif panier », je sais l’établir, je distribue 4 groupes paniers du mardi au vendredi l’objectif se calcule par rapport à la taille de l’exploitation (5 ha), et à quelques spécificités techniques (le paysan qui produit lui-même ses plants, ou non …Etc.)

Il en ressort que 40 équivalents paniers pleins nous sont nécessaires sur chaqu’un des 4 groupes (ou 80 demi paniers), ce nombre indique que nous pouvons nourrir un peu plus de 150 familles de 4 personnes.

La clarté des chiffres est une nécessité alors sachez que ces 2 dernières années  nos bilans comptables étaient en équilibre positif, notre entreprise ne perd pas d’argent, mais je ne me suis pas véritablement accordé de salaire cette année.

En cause, la transformation de nombreux produits tomates et citres pour une valeur de près de 10000 euros, c’est le prix de la qualité pour nous tous, j’ai encore beaucoup de stocks, cela mobilise beaucoup d’argent, alors sachez que Mr Gozzerino fait pousser de meilleures tomates que Mr Buitoni, et que nos confitures ne sont pas cuisinées avec des fruits congelés, tous les ingrédients sont bios, et vous n’appauvrirez pas « bonne maman » en les achetant chez nous.

Prix unique pour les confitures de citre, nature, citron, ou orange à 5 euros le pot de 420 gr net.

Les produits tomates transformées sont calculés également aux prix justes et reviennent à 3 euros le bocal dans la formule unique 2 sauces, 1 coulis, 1 velouté, 1 gaspacho.

Je dois avouer la chance que nous avons par rapport à d’autres groupes paniers d’avoir pour nos 4 groupes  un noyau de fidèles très efficaces, des référents ( référentes ) convaincus , les animateurs de sites, blogs , feuilles de choux , de news letters, de ceux qui nous aident au chargement et déchargement , à celui qui chaque année fait les brioches et les galettes des rois (merci Paul) ce sont croyez-moi vos gestes et mots qui font que dans nos champs le vent nous semble doux et le bout des doigts et des pieds finalement pas si froid.

Un mot, puisque notre pépinière et déjà bien remplie , les plants biens chauffés la nuit et certains jours  nuageux sur les plants d’été déjà semés : les courgettes vertes et jaunes , les tomates noires de Crimée, tomates ananas, cerises et jaunes …Nous avons tous hâte de retrouver tous ceux-ci dans nos paniers cela voudra dire des journées plus longues des paniers plus gros mais toujours la même foi en ce modèle si merveilleux.

Thierry Gozzerino