Point mensuel novembre 2014

Il en est fini des éclairages naturels les soirs de distribution, les après-midi très courts nous poussent à  faire le plus de taches possibles dans les champs le matin.

Ce mois-ci, parce que nombre de nouveaux adhérents sont venus consolider les groupes paniers, je voudrais faire une brève présentation de notre unité de production.

  • L’équipe : elle se compose de 4 à 6 personnes, il faut savoir que nous sommes en capacité de produire l’équivalant de 150 paniers familles (paniers pleins).Une personne physique peut alimenter 30 paniers par semaine.
  • La production : une bonne quarantaine de fruits et légumes différents, sur 5 hectares, dont 1 est couvert par des serres.
  • La commercialisation : nous ne produisons que pour des groupes paniers en associations. 4 groupes, des distributions du mardi au vendredi à Château-Gombert, La Fare les Oliviers, Chanot France 3, et Saint-Cannat.
  • L’éthique : c’est produire en bio, accepter d’être contrôlé à tous moments. Respecter les règles et la charte des Paniers Marseillais (PAMA)
  • La visite des terres : moment important pour tout le monde, une journée par an, le dernier dimanche de Juin, pour se retrouver et échanger sur le lieu de production.

Les nouveaux adhérents dont je parlais, ne sont pas tous si nouveaux que cela puisque déjà, pour certains, adhérents d’une AMAP ailleurs en France (il y en a plus de 2000). Après avoir déménagé, comme un réflexe, beaucoup cherchent une association solidaire avec les producteurs locaux. Ceci est encore une source de motivation pour nous paysans, et pour tous ceux qui font vivre les groupes depuis des années.

Je suis pourtant lucide en voyant que nombres de maraichers en AMAP ne sortent pas de revenus de leurs efforts, pour X raisons. Si les raisons sont techniques, c’est le rôle des maraichers plus anciens de rappeler l’expérience de quelques hivers rudes, prendre confiance avec quelques été, bref, ne pas compter uniquement sur le mot « solidarité ».

Si les groupes paniers ne fonctionnent pas, une des raisons peut être un certain mélange des genres. Les paniers « internet », le système des « ruches », les points de « dépose-paniers », chez moi ou au travail… sans parler de la grande distribution qui surfe sur toutes les vagues.

Points communs entre ces différents systèmes, tous jouent sur la solidarité avec les producteurs, l’équitable, le local, la souplesse.

Soyons clairs , les paniers « internet » sont des intermédiaires, ils négocient les prix à leur avantage auprès des producteurs, leur marge est plus ou moins autour de 40%. Les « ruches » sont des intermédiaires, bien que gérées par des particuliers, ce ne sont pas des associations, elles mettent en concurrence les producteurs qui, si ils veulent fournir la « ruche » sont contraints de descendre les prix au ras des pâquerettes, la personne qui gère la ruche empoche 20% du chiffre d’affaire de ce système commercial.

Enfin, j’avoue que je connais mal les pratiques de la grande distribution qui, j’espère joue globalement le jeu du local, de la fraîcheur des produits ramassés le matin même, au prix rémunérateur pour le producteur, mais ce mode de distribution est fait de telle façon qu’il est difficilement traçable.

Sans ironie, je me mets à la place du consommateur moyen, celui qui veut nourrir sa famille, informé par la télé, il sait qu’il faut manger 5 fruits et légumes par jour. Toujours par la télé, ce consommateur désormais informé, sait que la qualité des fruits et légumes ne dépend pas de leur aspect, vive les fruits et légumes moches. Ceux qui ont imposés aux producteurs les critères, le calibrage et l’uniformité s’achètent une virginité. Et tout va bien.

Rien sur le bio ! On peut manger des pommes pesticidées avec la peau dans la cour de récré et des tomates en janvier ?

Tout va bien.

Il manque encore quelque chose derrière beaucoup d’infos. Concrètement, manger un steak de bœuf non bio, c’est accepter de consommer les mêmes antibiotiques, hormones,… etc… Qu’un bœuf non bio.

Voilà une des raisons pour laquelle les PAMA vont dans les écoles, pour informer les enfants, afin que cette information entre par eux dans les foyers, y compris ceux situés dans les quartiers défavorisés ou l’obésité touche plus d’enfants qu’ailleurs. Parce que le bio en circuit court solidaire n’est pas plus cher.

Dans nos terres, l’heure est à la préparation des récoltes de printemps, fèves, petits pois, pois gourmands feront les paniers de fins d’hiver.

Les désherbages et bâchages de serres nous occupent aussi pas mal. Vous le savez tout se joue dans l’anticipation, les paniers d’avril-mai, se jouent en octobre.

Un dernier mot pour vous rappeler que le fait d’être volontaire pour aider lors des distributions est une des clefs de la réussite des groupes paniers et encore une belle occasion de passer du temps, d’échanger des recettes, des idées ensemble.

Thierry GOZZERINO