Feuille de chou de février (chou … chinois ?)

L’avis à la campagne,

Un temps pluvieux, des terres détrempées, et l’actualité me font rester pour un matin, au chaud à la maison.

La « révolte » de quelques agriculteurs contre leurs propres contradictions productivistes ,me laisse perplexe ,j’ai 40 ans je suis fils et petit-fils de paysan, et j’ai l’impression que depuis toujours dans mon pays , l’agriculture est au bord d’un gouffre .L’agriculture des gros spécialistes subventionnés  est en fin de vie , la rupture sourde entre « gens  à produire » et « gens à nourrir » ,donne raison aux nourrisseurs boulangers ,arboriculteurs, éleveurs, producteurs de fruits, de fleurs ,  maraichers …etc. ,tous bio et en paniers de quartiers,  de se tourner vers vous consommateurs vigilants ,curieux ,et peu effrayés par un radis dont on voit qu’il ne sort pas d’un labo malgré sa blouse blanche .

Des chemises en solde, des pommes en solde, un produit acheté, le deuxième offert, mais sur le dos de qui ?

Certes, tout n’est pas parfait dans nos « formules » paniers, il faut s’engager par un contrat, payer sans savoir quoi, quand et si, résultat sera là .Vous n’avez pas le choix des légumes, les légumes sont « brut de champs », comme celle ou celui qui vient les livrer pour peu que nous ayons pataugé dans la boue ou cuits au soleil.

Comme il y a plusieurs manières de produire, il y a plusieurs manières de consommer !

Je parlais en début  des agriculteurs spécialistes, ceux qui par exemple ne font que des salades, mécanisés d’un bout à l’autre de la chaine de production, leur coût de production est d’au moins 30 % inférieur à celui d’un maraicher, ou maraichère des Paniers Marseillais, généraliste du bio produisant 50 variétés (et au-delà) et espèces différentes.

Pourtant l’étude de prix des PAMA prouve qu’au final, « l’adhérent panier » ne paye pas plus cher au bilan d’une saison de 12 mois, car en circuit court il ne finance pas la marge d’un intermédiaire, tout va dans le compte d’entreprise du paysan.

En clair, oui, produire un peu de tout dans le même espace, cela coûte plus cher au paysan, on court d’une récolte à un semis, d’un désherbage aussi manuel que minutieux de cebettes, au brossage la encore manuel, d’un lourd stock de courges pour en éliminer les pucerons et jeter aux poules celles qui sont abimées …, mais n’est-ce pas là le travail ancestral du paysan ? des débuts de récoltes , les bonnes surprises , des cultures réussies sur lesquelles nous n’aurions pas pariées après des attaques de bestioles, de climat ou maladies ,des fins de récoltes aussi .Des moments de forte tension comme en mai dernier lorsqu’un virus ravagea 2 semaines avant la récolte des serres entières pour cette culture si importante en été.

J’estime qu’en agriculture paysanne, il y a une marge de tolérance moyenne entre le « résultat-récolte » et le planning « semi-plantation » de plus ou moins 30%. Cela explique le trop ou trop peu (un seul navet parfois dans le panier, dernier témoin des affres qu’ont subis trois compagnons de semi).

Bref, il me semble que vous avez tous compris que les hauts et les bas doivent vous rassurer en tant qu’adhérents, c’est pour moi l’un des marqueurs qui différencie un panier paysan, d’un panier « d’achat-revente-marge »composé de légumes et fruits, additionnés pour arriver au prix sans plus, ni moins.

Pour cela, merci.

Mes paniers sont plus et moins, comme le milieu dans lequel je fais pousser mes cultures  comme la nature, elle-même cyclique, et je vise toujours le plus pour ne pas manquer à mon devoir de remplir ma part du contrat, les petits paniers sont l’entre-acte des plus copieux et la mémoire de nos adhérents doit lors des moments difficiles se souvenir des paniers plus larges.

Thierry n’est pas devenu moins sympa quand ses paniers sont plus petits, non, je compose pendant ce temps dans mes champs la recette qui fera vos plats.

Nous avons commencés l’aventure paniers il y a 9 ans, sans dire à ceux qui nous ont suivi au départ que nous étions dans une situation  comptable aussi tordue qu’une carotte de Crau, mais avec un amour pour notre métier inébranlable .

A l’aube de cette saison nouvelle que nous souhaitons radieuse, je veux vous dire la même joie que nous avons de vous voir les soirs de distribution, ces échanges même brefs sont autant de moteurs qui justifient notre choix de défendre vos associations, votre façon de vous nourrir, de nourrir votre famille.

 

Des nouvelles des champs.

Nous avons bien entendu déjà reçu une bonne partie de nos semences de culture d’été , il s’agira de planter par exemple des tomates capable de résister à une pression virale comme le fameux TSWV , d’être cette année, surtout plus nombreux dans l’équipe ,car début mars , David , notre ami et il y a encore peu de temps éleveur de chèvres avec Sandrine ,viendra renforcer notre petite troupe .Vous le savez , depuis le mois de novembre , nous avons la joie de produire pour un groupe Salonnais ,et c’est la dynamique et efficace Stéphanie qui assure  la plus grosse partie des distributions les mardis soir .Je suis persuadé que la réussite de l’aventure qui nous lie avec vos associations , passe par l’entente qui règne dans nos terres et je tire mon chapeau  à ceux et celles , stagiaires en formation ou salariés « ées » ,qui en plus des caprices du temps ,de la pluralité des tâches à connaitre, arrivent aussi à me supporter .

Un mot sur les terres nouvelles dont nous avons eu l’attribution, le temps et les multiples dossiers dans de multiples bureaux font qu’au mieux nous ne rentrerons pas dans ses champs nouveaux avant l’été, voir, l’automne prochain.

Il nous faut augmenter nos surfaces, non pour produire plus, mais pour produire mieux, moins fatiguer notre sol, savoir le reposer, le respecter et contribuer à augmenter les chiffres du pourcentage des terres en bio en France.

Nous avons hâte de vous y accueillir lorsque tout sera finalisé et Virginie se bat avec une énergie folle dans une jungle de dossiers de financement, de bilans, prévisionnels et autres demandes de raccordements…

Sachez que les analyses de sol que nous avons fait sont très encourageantes et confirment les observations et prélèvements faits sur le terrain par un technicien de la chambre d’agriculture .Cependant les terres bien qu’au repos car non exploitées devrons passer en conversion, deux année à venir  à cultiver en bio, nécessaires pour avoir la certification définitive.

Nous serons cette année encore ravis de vous accueillir dans nos champs un dimanche de juin, la date reste à préciser et nous vous en informerons dès que possible.

Ravi le plus tôt possible mais dans le respect de la saison de voir le jaune des courgettes, les nuances de couleurs et de saveurs des tomates anciennes, et mettre dans vos assiettes le gout de la vie à la campagne.

Thierry